Alors que la campagne présidentielle américaine s’achève (enfin) après trois débats particulièrement violents et des scandales à répétition, une question se fait de plus en plus pressante : comment expliquer la montée d’un personnage comme Donald Trump ? 

Impossible de décrypter un tel phénomène en un seul article et cette question sera largement étudiée dans les mois et les années à venir. Deux points me semblent cependant intéressants.

L’évolution du parti républicain

Au cours de sa campagne pour les primaires, Donald Trump a emporté le vote des électeurs républicains au détriment de tous les candidats plus mainstream, ce qui a représenté une réelle rupture entre les leaders du parti et les adhérents. Qu’est-il arrivé au parti républicain ?

Newt Gingrich, qui a été speaker of the house (l’un des poste les plus puissants du Congrès) de 1995 à 1999, est une figure connue du parti républicain. En 2008, il apparaît dans un clip au côté de Nancy Pelosi, démocrate, afin de réclamer, ensemble, des sources d’énergie plus propres pour lutter contre le réchauffement climatique. Quelques années plus tard, invité sur Fox News, voilà comment Newt Gingrich parle de cet engagement :

Et le réchauffement climatique n’est pas le seul point sur lequel le discours des républicains s’est radicalisé : les origines d’Obama, sa religion, le port d’armes, l’avortement, le mariage gay, la théorie de l’évolution… Tout y est passé.

En 2012, HBO a lancé une nouvelle série, The Newsroom, créée par Aaron Sorkin et centrée sur la vie d’une équipe de journalistes et de producteurs d’une émission d’information d’une chaîne fictive. Si l’émission et son présentateur, Will McAvoy (Jeff Daniels), sont fictifs, la série repose en grande partie sur l’actualité réelle des années 2010/2011 et utilise de nombreuses images de cette période pour ancrer ses épisodes dans la réalité. La première saison relate notamment l’explosion de la plateforme BP et la mort de Ben Laden. Mais tout au long de ses dix épisodes, The Newsroom retrace surtout la montée du Tea Party, l’aile droite du parti républicain qui a fait son apparition suite à l’élection de Barack Obama en 2008.

Dans l’extrait suivant, Will McAvoy interviewe un candidat, fictif lui aussi, mais qui représente les nombreux élus républicains classiques qui ont été battus par des membres du Tea Party au cours des élections de 2010.

 

« Un parti d’opposition raisonnable »… En laissant se développer les théories complotistes autour des origines de Barack Obama (largement soutenues par Donald Trump d’ailleurs), en acceptant de remettre en cause le réchauffement climatique, et de manière générale en soutenant toutes les idées extrémistes des membres du Tea Party, les républicains ont ouvert la porte à Trump. Il n’a eu qu’à reprendre ces idées en les criant plus fort et de manière plus choquante que les autres candidats pour emporter l’adhésion des électeurs.

L’attrait des médias pour le sensationnel

Mais les républicains ne sont pas les seuls responsables de la montée de Trump. Les médias, et particulièrement les chaînes d’information en continu (CNN, MSNBC, Fox News), ont largement participé à son succès. Ces chaînes vivent pour le « Breaking News » et se retrouvent à monter en épingle le moindre évènement afin de retenir l’attention des téléspectateurs.

Trump est une personnalité clivante et surtout, une star de la télé-réalité : il a animé le show The apprentice pendant des années, avec sa fameuse phrase, « You are fired !«  (Vous êtes virés). Il sait que pour occuper le devant de la scène il faut être le plus bruyant et le plus choquant. C’est ce qu’il a fait en juin 2015 quand il a annoncé sa candidature en traitant les immigrés mexicains de violeurs et de dealers, et au cours des mois suivants en enchaînant les scandales les uns après les autres. Pour tous les médias, Trump a représenté une opportunité d’attirer les spectateurs : il suffisait qu’il annonce un évènement pour que les caméras soient pointées sur lui. C’est ce qu’explique très bien cette vidéo, créée par The Nerdwriter, en septembre 2015 :

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