Alors qu’on s’apprête à fêter le funeste anniversaire des attentats de Paris, un autre cataclysme vient d’ébranler le monde. Donald Trump a été élu 45ème Président des Etats-Unis. Un cataclysme moins sanglant c’est vrai – quoiqu’une fusillade a fait un mort à la sortie d’un bureau de vote de Californie, mais un cataclysme tout de même. Celui-là nous plonge dans l’inconnue la plus totale quant au sort des Américains, et par extension de l’humanité toute entière.

J’avais onze ans quand deux avions hijackés ont percuté les tours du World Trade Center. Je découvrais alors à la télévision des images d’une telle violence qu’elles me semblaient irréelles, comme tout droit sorties du dernier James Bond, avec Ben Laden dans le rôle du gros méchant. Je pensais, qu’en grandissant, mon regard sur le monde, sur ce monde, s’apaiserait à mesure que j’acquérais les codes et la grammaire pour le comprendre. J’avais tord.

Qui aurait pu prédire que Barack Obama, élu et réélu notamment parce qu’il incarnait le changement – celui d’une nation traditionnellement raciste capable d’élire un Président noir, portait en lui le germe d’une fracture sociale inopérable? Pourquoi, alors que les minorités semblent plus que jamais en difficulté, ce sont les hommes blancs qui font passer le vote contestataire ? Je refuse toutefois de blâmer les 59 937 338 d’Américains qui ont voté pour Trump. Ils ne représentent que la plaie béante et infectée d’une société qui a trop longtemps joué à la roulette russe. A trop tenter le destin, on finit par se prendre une balle en pleine tête. Le brouhaha du cirque médiatique qu’est devenue la politique a fini par lasser les citoyens si bien qu’au lieu de se boucher les oreilles ils ont à leur tour voulu faire entendre leurs voix. Sauf qu’à défaut d’être conviés sur les plateaux des JT, ils se sont invités dans les urnes.

Mon état au lendemain de cette élection est, comme l’Amérique, partagé. Je ne vous cache pas une certaine curiosité à l’idée de découvrir ce que nous réserve l’avenir. Quelle végétation va bien pouvoir repousser sur cette terre brûlée qu’est à présent la société américaine? Passé ce voyeurisme d’anticipation, je veux surtout agir. Je ne sais pas encore comment, mais ce dont je suis sûre c’est que je ne veux pas que les générations futures grandissent en considérant que tout cela est banal. Je veux, comme moi quinze ans plus tôt, qu’ils continuent de croire à une vision déformée et cathodique du monde dans lequel nous vivons vraiment. Ou plutôt qu’ils aient conscience que c’est à eux seuls de fixer leurs propres limites entre fiction et réalité. Entre ce qui est juste ou non. Que Trump n’est rien de plus qu’un personnage de télé-réalité échappé du téléviseur. Temporairement, espérons-le.

En attendant, good night and good luck.

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